Difficile aujourd’hui de réussir dans un groupe international sans avoir travaillé à l'étranger. On y apprend l’ouverture au monde, l’adaptabilité, la solidité face aux difficultés. Pour les femmes c’est un challenge de plus à leur succès. Pour les entreprises une problématique clé pour féminiser le leadership. Pendant longtemps, le schéma était classique. Les hommes étaient envoyés à l’étranger et leur famille suivait. Leurs épouses ne travaillaient pas ou y renonçaient. La donne a changé avec le travail des femmes. Il est désormais plus difficile pour un homme, d’accepter un poste à l'étranger quand son épouse a une carrière. Mais surtout, il devient nécessaire pour les femmes qui aspirent à une progression professionnelle rapide de partir à l'étranger. Si leur nombre augmente, la progression reste malgré très lente avec beaucoup de freins. “Il est désormais plus difficile pour un homme, d’accepter un poste à l’étranger quand son épouse a une carrière. Mais surtout, il devient nécessaire pour les femmes qui aspirent à une progression professionnelle rapide de partir à l’étranger” Pour les célibataires la voie est facile. D’autant que les plus jeunes y ont souvent étudié. Mais lorsque les femmes sont en couple et qui plus est avec une famille, tout se complique. Convaincre une femme que son partenaire pourrait mettre sa carrière à lui entre parenthèses, ou plus à risque, afin de la suivre, reste un challenge. L’expérience montre que dans bien des cas, elles n’envisagent même pas de soulever la question au sein de leur couple. Les groupes internationaux ont des programmes de développement pour les femmes, qui s’attellent à dénouer ces blocages. Ainsi, une femme, mariée et mère de trois enfants, rêvait d’une expérience professionnelle en Chine. C’est après un coaching soutenu qu’elle en a parlé sérieusement avec son conjoint et qu’il s’est avéré qu’il était prêt à vendre son entreprise et à tenter l’aventure. L’expérience a été totalement réussie pour toute la famille et les voilà, quatre ans après, dans un autre pays. Mais pour beaucoup de couples cela reste difficile à envisager. Les traditions sont là… Lorsque les femmes sont séparées ou divorcées avec des enfants, l’expatriation devient presque impossible, le père refusant bien souvent cette séparation d’avec ses enfants. La réciproque est vraie, mais certains hommes restent prêts à s’éloigner de leurs enfants, pour booster leur carrière. L’arrivée à l’étranger est rude. Si les femmes doivent démarrer un nouveau poste tout en gérant l’installation, l’adaptation des enfants à l’école et la création de nouveaux liens sociaux, le challenge est presque impossible. Il faut donc que le conjoint s’y consacre aussi et accepte de mettre éventuellement ses propres ambitions en sourdine pour quelques temps. C’est assez courant dans les pays anglo-saxons où le couple privilégie le « bread earner ». En France, il y a une évolution notable dans les générations montantes, mais encore bien des freins. Et si les deux membres du couple arrivent à démarrer ensemble de nouveaux postes à l’étranger, là aussi l’équilibre familial est quelque peu chahuté Le dialogue en amont de ce projet professionnel est donc critique : il faut s’assurer que la salariée comprend les enjeux qu’elle va rencontrer, qu’elle s’y prépare en dialogue avec les siens et déterminer les conditions du succès. Les directions des Ressources Humaines sont ainsi confrontées à de nouvelles demandes: compensation de la perte du salaire du conjoint, contribution financière pour une aide à domicile, aide à la recherche d’un emploi pour le conjoint, etc. Or la mobilité coûte déjà très cher aux entreprises qui ont plutôt tendance à limiter voire supprimer les contrats d’expatriation pour privilégier des transferts dans les conditions locales. La mobilité géographique est alors encore plus difficile pour les intéressés, qui doivent faire passer leur développement personnel avant leur confort financier. Le choix est encore plus difficile, s’il faut y ajouter une pression financière supplémentaire sur son foyer. D’où le développement de nouvelles pratiques où chacun peut ainsi conserver sa vie professionnelle. On privilégie le "commuting" : le foyer reste localisé dans le pays d’origine et le ou la salarié(e) passe la semaine dans son poste à l’étranger. On encourage aussi les missions à court terme à l’étranger, plus faciles à gérer pour les familles et très formatrices. Des solutions de compromis, mais parfois aussi assez déséquilibrantes pour les relations familiales.